BÉNIN - Installation du Sénat : Porto-Novo acte l'entrée du pays dans le bicamérisme
C'est une page institutionnelle qui s'est écrite ce mercredi au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. Le Sénat du Bénin, nouvelle chambre haute du Parlement, est officiellement installé, près de huit mois après la révision constitutionnelle qui l'a créé.
La nouvelle institution est issue de la révision adoptée dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025, à une large majorité de 90 voix contre 19, et promulguée le 17 décembre 2025 (loi n°2025-20). Au-delà de la création du Sénat, ce texte a porté le mandat présidentiel et le mandat des députés de cinq à sept ans. Il fait basculer le Bénin, pour la première fois depuis le Renouveau démocratique de 1990, dans un régime parlementaire bicaméral.
25 sénateurs investis, un absent remarqué
Annoncée depuis plusieurs semaines, l'installation officielle était fixée au 30 juillet 2026 dans la capitale. La séance inaugurale était prévue à l'initiative du doyen d'âge, l'ancien président Nicéphore Soglo.
Conformément à la liste arrêtée en Conseil des ministres le 1er juillet 2026, 25 membres ont été officiellement investis ce matin en présence des plus hautes autorités de l'État, des corps diplomatiques et des responsables des institutions de la République.
Fait marquant de la cérémonie : l'absence de Nicéphore Soglo. Membre de droit en tant qu'ancien chef de l'État, l'ancien président, âgé de 92 ans, a été excusé pour raison de santé. Son absence a été particulièrement notée, lui qui devait symboliquement présider l'ouverture des travaux.
Une composition inédite
Conformément aux dispositions de la Constitution révisée, le Sénat est composé de 25 à 30 membres, répartis entre des membres de droit et des membres désignés, aucun n'étant élu au suffrage direct.
Les membres de droit comprennent les anciens Présidents de la République, les anciens Présidents de l'Assemblée nationale ainsi que les anciens Présidents de la Cour constitutionnelle ayant exercé au moins la moitié de leur mandat.
Sont ainsi appelés à siéger :
* Anciens chefs d'État : Nicéphore Soglo, Boni Yayi et Patrice Talon.
* Anciens présidents de l'Assemblée nationale : Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Idji Kolawole, Mathurin Nago et Louis Vlavonou.
* Anciens présidents de la Cour constitutionnelle : Théodore Holo, Robert Dossou et Élisabeth Pognon.
Les membres désignés complètent l'effectif. Cinq personnalités de haut rang ayant exercé des commandements dans les Forces de Défense et de Sécurité, désignées par le Président de la République : Alassane Seïdou, Fortunet Alain Nouatin, Robert Gbian, Taffa Adam et Albert Ezin Badou. S'y ajoutent des personnalités désignées par le Président de la République et le Président de l'Assemblée nationale : Ousmane Batoko, Raïmi Amadou, Paul Hounkpe, Emmanuel Tiando, Pascal Irénée Koupaki, Adidjatou Mathys, Abraham Zinzindohoue, Sacca Lafia et Charles Toko.
L'ensemble des sénateurs est soumis à une obligation de réserve et doit se démettre de toute responsabilité partisane active.
Missions et rôle institutionnel
La Constitution n'assigne pas au Sénat un rôle de législateur ordinaire. Elle le définit comme une instance de régulation de la vie politique, chargée de veiller à l'unité nationale, à la sécurité publique et à la paix.
Ses prérogatives incluent : se prononcer sur les lois votées par l'Assemblée nationale, demander une seconde lecture de textes législatifs, intervenir dans des situations jugées critiques pour la stabilité de l'État et sanctionner des acteurs politiques dont les prises de position seraient jugées susceptibles de menacer la cohésion nationale.
A quelques jours de l'installation, Théodore Holo précisait sa propre lecture de cette mission : « J'irai et je travaillerai en tenant compte de ma vision des choses », en souhaitant que sa contribution aide à préserver « la paix, l'unité sociale, la stabilité politique, l'unité du pays, le développement ». Une mission centrée, selon lui, sur l'unité nationale et la stabilisation de l'architecture institutionnelle.
Réactions et perspectives
L'installation ne met pas fin aux débats. Dès novembre 2025, une partie de l'opposition parlementaire, notamment Les Démocrates, s'était opposée au texte, pointant le paradoxe d'une chambre législative entièrement composée de membres non élus.
Entre défenseurs d'une « chambre de sagesse » mobilisant la mémoire institutionnelle et critiques dénonçant une institution peu représentative, la ligne de partage demeure.
Mais au-delà de la polémique, l'enjeu est désormais celui de la pratique. L'annonce du 1er juillet a clos l'étape de la composition, reste celle des premiers actes : élection du bureau, organisation interne, qualité des avis rendus, usage – ou non – du pouvoir de sanction.
Une portée historique à confirmer
L'installation de ce 30 juillet 2026 est, en soi, un événement historique. Elle matérialise le passage du Bénin au bicamérisme et ouvre une nouvelle séquence institutionnelle.
La légitimité de cette chambre haute ne se jouera pas dans la solennité de ce jour, mais dans la durée, par sa capacité à exercer sa mission de régulation, de consolidation de la démocratie et de stabilité institutionnelle sans se transformer en chambre d'enregistrement. C'est à cette aune qu'elle sera jugée.
Yêdafou KOUCHÉMIN / nùdokàn
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